02 / Translation

automne 2011

02 / Translation

Avec : Paul Ardenne / Thierry Bernard / Isabelle Bertolotti / Julien Blaine / Nicolas Boillot / Étienne Bossut / Laurent Buffet / Michel Collet / Brigitte Cornand / Christophe Cuzin / Gilbert Descossy / Xavier Douroux / Bartolomé Ferrando / John Giorno / Muriel Hasse-Collin / Bernard Heidsieck / Samuel Herzog / Kevin Immanuel / Françoise Janicot / L. Brandon Krall / Isabelle et Jean-Conrad Lemaître / Patrice Lerochereuil / Olivier Leroi / Hector Mavridis / Matthieu Messagier / Olivier Mosset / Boris Nieslony / Phoebe Neville / Adrian Notz / Corine Pencenat / Jeffrey Perkins / George Quasha / Alexandre Rolla / João Simões / Eveline Suter / Moira Tierney / Valentin Torrens / Louis Ucciani / Christophe Vaubourg / Valentine Verhaeghe / Jean-Louis Vila / Michel Vogel / Peter Vogel / Franz Erhard Walther / Christian Xatrec / Sylvie Zavatta

 

Commander Mobile 02 / Translation

Translation

TRANSLATION : Action permanente vers le Divers, individuel et collectif. Invention et pratique d’équivalences, de sens, de débordements.
PRATIQUE : Ils refusent d’adhérer au goût, au jour théorisé par ses suiveurs. Il est question de flux, de traductions et d’insularités – « à peine désirais-tu être tout entier au centre de quelque chose que tu te vois rejeté sur les bords, c’est l’expérience centrale de toutes nos expériences » écrit Musil. Voir Mobile (entre l’art et ses extérieurs, pour une théorie des extérieurs) et Charles Fourier, l’un des leurs, dérivants, activistes, lui, traçant les déploiements de l’Harmonie.
DISPOSITIF : les tablettes projectives et dissipatives de Fourier – in La Théorie de l’unité universelle, entre autre – apparaissent comme les fruits d’une taxinomie générale autant que d’une rêverie infinie, et forment un corpus de translations chaotiques, de possibles situés entre analogies et projections mathématiques, reliant les corps, l’économie géniale, l’éducation, l’agriculture, l’amour… Une Harmonie qui vit sans épuisement.

Pour Mobile Album International,
Michel Collet

EXTRAITS

 

ÉTIENNE BOSSUT - Pas ce soir - 2007 - page 18

« Le mot traduction pourrait bien être traduit par le terme transposition, déterminé ainsi par un déplacement d’une partie à une autre où une langue donnée représente un côté du nommable. La communication, c’est de la traduction. »

GEORGE QUASHA – TRADUIRE EN PRINCIPE : L’ART AXIAL – Page 86

PATRICE LEROCHEREUIL - Targets - page 50

OLIVIER LEROI - ZORRO NOIR, ZORRO Blanc - 2004 - page 54

FRANZ ERHARD WALTHER - Elfmeterbahn (Nr. 5,1. Werksatz) - 1964 - page 118

John Giorno - JE SUIS UN POÈTE - page 30

VALENTINE VERHAEGHE : John Giorno, je voudrais vous interroger sur votre activité de poète, ses origines, ses chemins ?

JOHN GIORNO : Je suis un poète, c’est-à-dire que j’écris des poèmes. Ma conception de l’origine des poèmes ou comment ils se produisent, c’est que les poèmes sont des mots. Les poèmes sont des mots, les mots viennent du son, le son vient de la sagesse et la sagesse vient du vide. C’est-à-dire que du vide, du néant, avant que quelque chose ne se produise : le poème surgit comme un son. En premier lieu le son vient de la sagesse, la sagesse prend la forme de sons. À l’origine la sagesse est sans concept, elle arrive de manière authentique et pure, au-delà de l’objet ou du sujet puis elle prend la forme de sons, la forme de mots. Puisqu’on parle de « la poésie sonore », il n’est pas obligatoire qu’elle apparaisse sous forme de mots, on peut aussi reconnaître la sagesse dans le son. Un poète prends ces sons, ces mots, et il les met par écrit et il fait un poème. Et, traditionnellement avec les poètes, le processus s’arrête là. Les mots sont écrits sur la page et c’est fini. Puis, on l’envoie aux éditeurs et le poème devient un livre ou un magazine mais ce n’est plus la partie du poète. Dans mon cas, c’est différent. Au début des années 60, j’ai pensé que ça ne suffisait pas, le processus est plus complexe que l’acte d’écrire les mots sur une feuille de papier. La relation avec le public doit aussi en faire partie, et le public est une notion très large. Le public est peut-être une personne ou encore un livre ou un magazine. La performance en public est un autre pas en avant. Ainsi, il y a beaucoup de façons différentes de se connecter avec un public.

V.V. : Pourriez-vous retracer le parcours, le cheminement de votre travail de poète et de performeur ?

J.G. : Cela fait 50 ans que je travaille et le public change toujours, j’ai même inventé plusieurs propositions pour mon travail. En 1968, par exemple, je parlais au téléphone et quelqu’un me racontait des potins ennuyeux. J’ai pensé qu’à la place de ces mots stupides, après tout c’est du son, ça pourrait être un poème. C’est comme cela que j’ai eu l’idée et j’ai inventé Dial-A-Poem. J’ai démarré ce projet, puis cela a décollé tout seul. Mon ami a suggéré que je présente mon idée à The American Federation of the Arts and Architecture parce qu’ils assuraient le patronage des expositions d’art à ce moment. Alors, Dial-A-Poem est devenu un processus avec 12 lignes téléphoniques et, au début, il y avait 25 poètes. Allen Ginsberg, William Burroughs en faisaient partie. Après deux semaines, quelque chose de curieux s’est passé. Le New York Times a publié un grand article avec une photo de moi et le numéro de téléphone. Les gens ont vu le numéro dans le journal, on a eu des millions d’appels et c’était un vrai succès. Sans réaliser ce que je faisais, j’ai créé de nouvelles possibilités. Un numéro de téléphone était ouvert au public de New York, beaucoup de gens ont copié l’idée pour créer des compagnies et gagner de l’argent : il y avait Dial-a-Sport, Dial-a-Horoscope, Dial-a-Joke… Des technologies plus compliquées se sont développées et 20 ans plus tard, quand elles sont devenues numériques, j’ai laissé tomber, c’était trop compliqué.

 

V.V. : De nombreux artistes et poètes ont participé à ce projet ?…

J.G. : Quand on a commencé en 1968, il n’y avait que vingt-cinq poètes et je devais réaliser moi-même les enregistrements. Pour John Cage par exemple, il est venu chez moi, il lisait ses livres et je l’ai enregistré. En 1970, je faisais partie d’une exposition importante au MOMA, le Musée d’art moderne à New York, qui s’appelait Information¹. L’installation de Dial-A-Poem dans cette exposition était plus grande, à la fin, je crois qu’il y avait environ 200 poètes, tous les courants de la poésie étaient représentés. Il y avait comme je vous l’ai dit Allen Ginsberg, William Burroughs, Diane Di Prima qui représentaient les poètes de la Beat Generation et pour l’école de poésie de New York, il y avait Frank O’Hara et John Ashbery. C’était l’époque de la guerre du Vietnam, il y avait des poètes politiques comme Bernardine Dohrn associée au Weatherman Group et Bobby Seale de l’association afro-américaine. Il y avait aussi des poètes plus conservateurs comme Sylvia Plath. Je ne faisais pas de discrimination entre les courants plus conservateurs et ceux plus expérimentaux, si j’aimais quelque chose, je l’utilisais. Comme cela nous pouvions écouter de jeunes poètes inconnus aux côtés de poètes célèbres et bien d’autres, très nombreux, entre ces deux catégories. J’ai poursuivi cette activité de poète pendant toute ma vie et c’est ce que je fais toujours aujourd’hui. En ce moment, je suis très intéressé par la peinture et le dessin. Je prépare plusieurs expositions.

Entretien réalisé avec Valentine Verhaeghe
en octobre 2009 à New York.
Extrait d’un ouvrage à paraître.

1. Information est une exposition sur l’activité de jeunes artistes qui a été à l’affiche au MOMA de juillet à septembre 1970 ; artistes sélectionnés par Kynaston Mc Shine, conservateur adjoint au département peinture et sculpture. L’exposition et le catalogue présentaient le travail de plus de cent cinquante artistes issus de quinze pays. Les poèmes choisis par John Giorno, ont été enregistrés et pouvaient être entendus sur les téléphones dans les galeries, ou en composant le (212) 956-7032 de n’importe quel endroit.

COLOPHON

 

Directrice de la publication : Valentine Verhaeghe
Comité de rédaction international : USA – Patrice Lerochereuil, USA – Pr. Pierre Joris, NYU, USA – Christian Xatrec, Italie – Anselm Jappe, Espagne – Pr. Bartolomé Ferrando, UPV Valencia
Coordination et développement du numéro: Valentine Verhaeghe & Michel Collet
Design : Jean-Luc Gehres / www.welcomedesign.fr
Diffusion : Les presses du réel, Dijon, France
Copyright : Mobile Album & les auteurs
Couverture : Jeffrey Perkins & Joao Simones, Exhibition, 2009

Mobile Album International Translation est réalisé par Montagne Froide / Cold Mountain en coopération avec le Centre d’Art Mobile (France).
Montagne Froide / Cold Mountain est aidé par la DRAC Franche-Comté Ministère de la culture et de la communication (France), la Région Franche-Comté (France), et l’Institut français.

Traductions
Udo Breger
Pauline Cumbers
Eve Downey
Freddy Galand
Rafael Guerrero
Philippe Laplace
Cara Leopold
John Olsen
Laura Snape
Patrice Lerochereuil

02 / translation
automne 2011
192 pages
issn 2101-9614
12 euros
chf 15
us $ 17
cnd $ 17
£ 11
¥ 1260